En Australie, le débat sur l’immigration vire à droite
- Marius Mariton
- Mar 8
- 3 min read
Près de 570,000 visas ont été délivrés par l’Australie sur les 12 mois jusqu'à fin juin 2025. En proportion, c’est l’un des chiffres les plus élevés du monde occidental, et le parti de droite radicale “One Nation” accentue sa pression sur le monde politique australien.
One Nation, la droite radicale qui monte
Longtemps marginalisé dans le paysage politique australien, One Nation connaît un regain d’influence. Selon un sondage de l’institut Roy Morgan, le parti recueillerait environ 22 % des intentions de vote, un niveau inédit pour une formation longtemps considérée comme « infréquentable » par une grande partie de la classe politique.
Pour l’heure, cette poussée représente surtout un défi pour la droite traditionnelle, déjà affaiblie après deux élections fédérales perdues.
Le cœur du programme de One Nation repose sur une réduction drastique de l’immigration. Sur les douze mois jusqu’à fin juin 2025, environ 568 000 visas ont été délivrés en Australie. Ce total comprend les visas permanents, les visas de travail temporaires ainsi que les visas touristiques. Il inclut les migrants entrant dans le pays, mais exclut ceux qui repartent tel la majorité des étudiants internationaux.
Le parti propose de ramener ce chiffre à 130 000 par an. Parmi ses autres mesures figurent un délai d’attente de huit ans avant l’accès aux services sociaux et à la citoyenneté, ainsi qu’un refus d’entrée pour les migrants originaires de pays « connus pour favoriser des idéologies extrémistes ».
Le parti s’est également illustré par des coups médiatiques, comme lorsque sa fondatrice, Pauline Hanson était apparue au Parlement vêtue d’une burqa, relançant la controverse sur l’intégration et l’identité nationale.

Parliament of Australia
La gauche ne reste pas indifférente
Face à cette pression politique, la gauche australienne insiste sur les bénéfices économiques de l’immigration.
Selon des modélisations du ‘Grattan Institute’, réduire de seulement 25 000 le nombre de migrants qualifiés permanents pourrait coûter plus de 10 milliards de dollars aux finances publiques d’ici la fin des années 2040. Les migrants qualifiés contribuent en effet davantage en impôts qu’ils ne reçoivent en prestations publiques.
Mais le gouvernement travailliste reconnait de haut niveaux d’immigration apres la réouverture des frontières post-covid. Il ambitionne désormais de baisser le nombre d’arrivées. La migration nette outre-mer (arrivées moins départs) est tombée à 306 000 en 2024-2025, contre 429 000 l’année précédente. Cela inclut des visas temporaires.
Canberra assume ainsi une politique d’immigration économique, même si cette stratégie reste vivement critiquée par la droite qui pointe l’augmentation du prix des logements.
Le système politique australien fondé sur le vote obligatoire et préférentiel, limite pour l’instant les chances d’un parti radical de prendre le pouvoir. La gauche demeure donc, pour le moment, en position favorable dans un paysage politique ou 'One Nation' prend principalement des voix à la droite traditionnelle.

“Ramener les niveaux d’immigration à la normale” promettait le Premier ministre Anthony Albanese en 2023.
Les conséquences pour la Nouvelle-Calédonie
Ce durcissement du débat migratoire pourrait également avoir des effets indirects sur les ressortissants de Nouvelle-Calédonie vivant en Australie.
Les Calédoniens présents dans le pays utilisent différents types de visas : visas étudiants ou programmes de type vacances-travail. Selon les données récentes, l’immigration nette de Calédoniens vers l’Australie a atteint environ 250 personnes en 2024-2025, un niveau record.
Si l’Australie décidait de réduire fortement son immigration globale, les quotas ne seraient pas nécessairement appliqués par nationalité. Mais une baisse générale du nombre de visas délivrés pourrait néanmoins affecter les quelques centaines de Calédoniens qui viennent chaque année tenter leur chance en Australie. Notamment leur capacité à accéder à des visas plus permanents.



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